Moment d’un couple / Nelly Alard. – Gallimard, 2013.

9782072493393,0-1799032

Juliette est chef de projet dans l’informatique. Olivier est journaliste. Tous deux forment une famille avec leurs deux petites filles. Ils font parti de ces couples qui ont préférés Paris intramuros à sa banlieue, ceux qu’on nomme les bobos parisiens. Un soir, alors que Juliette attend Olivier devant cinéma, son téléphone sonne … Olivier paniqué lui avoue qu’il a une liaison depuis quelques semaines et qu’il ne viendra pas à leur rendez-vous. Le monde de Juliette vacille. Elle décide cependant de ne pas baisser les bras, de ne pas renoncer à son mari, à sa vie. Elle va se battre. Son couple peut-il survivre à la trahison ?

L’auteur retrace l’histoire de ce couple, l’enfance de Juliette, son adolescence chez les soeurs, ses convictions féministes, sa rencontre avec Olivier, sa vie de femme, de mère et d’épouse … A quel moment, à cause de quel évènement cela a-t-il bien pu arriver ? Et cette femme, « l’autre » femme, qui est-elle ? Naviguant entre trahison et complicité, Olivier et Juliette vont tenter de s’en sortir.

Une histoire d’amour, de trahison, une tranche de vie, l’histoire d’un couple comme il en existe tant. La psychologie des personnages est très bien rendu, le vocabulaire est simple mais incisif, un bon roman dont on ne sort pas indemne. Le seul bémol, la fin … Le récit est très réaliste et qu’en tant que lectrice je me suis sentie très impliquée, mais la fin m’a vraiment laissée perplexe.

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Siamoises/ Michel Canesi & Jamil Rahmani. – Naïve, 2013.

9782350213149,0-1711830Sophie et Marie sont soeurs, elles sont devenues inséparables depuis la mort brutale de leur père. A l’arrivée d’Antoine, le nouveau compagnon de leur mère, les choses vont changer. Antoine s’intéresse à Sophie, cette belle jeune fille dans la fleur de l’âge … bien plus que ce qu’il ne devrait. Marie voit ce rapprochement d’un sale oeil. La mère des jeunes filles, consciente du danger, envoie Sophie en pension. Sophie et Marie sont séparées. Marie va choisir la thanatopraxie pour embellir la mort ; Sophie s’oriente vers des études de médecine pour sauver des vies. Les deux soeurs suivent des chemins différents mais reste liées et dépendantes l’une de l’autre. Adulte, Marie est devenue une aventurière elle aime le danger, l’inconnu, les voyages ; Sophie quant à elle, garde la mélancolie qui ne la quitte plus depuis l’adolescence, elle vit dans la contemplation, apprécie le silence. Après un voyage, Marie disparaît. Sophie n’y tient plus, elle part à sa recherche…

Ce récit écrit à quatre mains est un roman bouleversant et intense. Les descriptions des paysages colorés et chauds du Maroc, de l’Algérie et de l’Andalousie ainsi que le rendu des atmosphères sont à tomber par terre. La psychologie des personnages est troublante de réalisme. Un roman que l’on dévore et que l’on ne referme qu’une fois la dernière page lue. Et après il faudra encore revenir en arrière pour comprendre le piège dans lequel on est tombé … Même après l’avoir terminé, on continue à vivre avec les deux soeurs. Un vrai coup de coeur !

Castilla Drive / Anthony Pastor. – Actes Sud – L’An 2, 2012.

Castilla Drive Cela fait déjà trois ans que Bobby  Salinger est parti sans laisser aucune trace. Il a laisser derrière lui sa femme Sally, ses deux enfants ainsi que son agence de détective privé. Sally parvenait jusqu’à présent bon gré mal gré, à subvenir aux besoins de sa famille en faisant tourner l’affaire de son mari. Noël approche et l’argent manque, les dettes s’accumulent et Sally espère qu’un gros client se présente. Osvaldo Brown, poète en sommeil, s’est fait tirer dessus par un inconnu. Il est connu dans la petite ville de Trituro sous le surnom « le survivant ». Il s’adresse à Sally. Cette dernière refuse l’affaire dans un premier temps. Après s’être renseignée auprès de Ray, flic, ancien ami de son mari, elle décide finalement d’accepter.

Osvaldo et elle se lancent sur la piste du mystérieux tueur. Les intentions cet homme un peu étrange sont mystérieuses. Cet homme dont on ne sait s’il est réellement paumé ou s’il joue un rôle qu’il a minutieusement préparé déclarent rapidement ses sentiments à Sally. Ray, le  flic amoureux transit ne voit pas ça d’un très bon oeil…

Un très bon album avec une atmosphère très particulière. Ce qui m’a séduite en premier lieu, c’est le graphisme, notamment les paysages enneigés. Le scénario n’est pas en reste, un chouette polar très bien construit. Un album, contrairement à d’autres qui ne s’oublie pas.

Je ne retrouve personne /Arnaud Cathrine. – Verticales, 2013.

ImageAurélien Delamare est un auteur reconnu. Alors qu’il est en pleine promo pour son nouveau roman, son frère lui demande d’aller à Villerville pour régler la vente de la maison familiale. Il n’en a pas envie mais fini par céder.  Alors qu’il n’était censé y passer qu’une nuit, le temps coule lentement et Aurélien reste à Villerville. Ce séjour se transforme en état des lieux de sa vie, il fait le point sur sa solitude voulue mais aussi subie. Cette bâtisse, la maison de son enfance, renferme les fantômes du passé. A ce carrefour de sa vie, Aurélien a de nombreux problèmes à régler… Sa séparation avec Junon, celle qui était sans doute la femme de sa vie, son non-désir d’enfant, l’éloignement de son frère aîné, l’abandon de ses racines et des souvenirs de son adolescence. Que sont-ils devenus ?

Je ne retrouve personne est le huitième roman d’Arnaud Cathrine. A travers ce trentenaire paumé qui fait le tour de sa vie, l’auteur nous pousse à nous interroger sur nous-mêmes. L’arrivée de Michelle, cette enfant qu’il n’a pas eue, mais qu’il aime comme sa propre fille, va apporter de la lumière au récit. Un roman d’errances où l’on se laisse aller bien volontiers. Comme souvent chez Arnaud Cathrine, on retrouve la Normandie, des histoires de famille… Un univers bien singulier où l’on aime se promener.

Vingt-trois prostituées / Chester Brown. – Editions Cornelius, 2012.(Collection Pierre)

23 prostituéesAprès sa rupture avec Sook-Yin, Chester décide de ne plus avoir de relation amoureuse. Il ne croit plus à l’amour romantique. La vie de couple est pour lui bien plus synonyme de tristesse que de bonheur. Après trois ans sans aucune relation, il décide de franchir le pas et d’avoir des relations tarifées. Carla, Angelina, Anne, Amanda, Susan, Wendy, Diane, Danielle, Jolène, Yvette, Gwendolyn, Hillary, Béatrice, Myra, Jenna, Kitty,… Vingt-trois femmes.

Une description presque clinique de chaque femme, chaque rencontre. L’auteur prend le soin de ne pas dévoiler le visage, ni l’identité de ces femmes qu’il a fréquentées. Il livre au lecteur son expérience, ses réflexions sur cette pratique et la condition de ces femmes, dans un récit plein de sincérité. Cet album est aussi l’occasion de croiser d’autres grands auteurs de la BD contemporaine : Seth et Joe Matt, amis proches de l’auteur. Entre le journal intime et le documentaire, un ouvrage qui permettra sans doute de faire réfléchir sur ce sujet complexe qu’est la prostitution. Le dessin en noir et blanc, au trait, sobre vient donner toute la force nécessaire au récit. Je vous le recommande vivement.

Beauté t.1 & 2 / Kerascoët & Hubert. – Dupuis, 2011-2012.

beauté couverture 2

La jeune Morue est surtout connue dans son village pour son immense laideur et l’horrible odeur de poisson que son corps dégage. Recueillie enfant par sa marraine, la jeune fille est la souffre-douleur de cette dernière. Un soir, alors que sa tante l’envoie dans la forêt, chercher du bois, Morue va délivrer la fée Mab du mauvais sort qui lui avait été jeté. Reconnaissante, la fée propose à Morue d’exaucer son voeu le plus cher. Morue demande alors la beauté. Convoitée par les hommes, jalousée par les femmes, Morue va devoir quitter son village.

Au niveau du scénario, je me suis ennuyée à la lecture du premier tome. Le deuxième tome est plus rythmé mais rien de transcendant. Le personnage de Morue ou Beauté (c’est selon) est passablement agaçant. Parce qu’en plus d’être née moche, elle est aussi particulièrement niaise. J’attends cependant la sortie du troisième et dernier tome, par curiosité. La morale de ce conte semble cependant évidente sans attendre la fin du récit : « quand on est con, c’est pour la vie ». La lenteur du scénario peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit à l’origine d’un one-shot, publié en 2010, dans le Journal de Spirou. Les éditions Dupuis ont décidé de le transformer en série. L’originalité principale de cette série réside dans le dessin. J’avais d’ailleurs beaucoup aimé, par le même dessinateur, Jolies ténèbres.

Un printemps à Tchernobyl / Emmanuel Lepage. – Futuropolis, 2012.

Un printemps à Tchernobyl

Avril 1986, le monde apprend avec effroi la catastrophe de Tchernobyl. Janvier 2008, lors du festival d’Angoulême, Emmanuel Lepage sent  un douleur paralysante dans sa main. Il n’arrive plus à dessiner. En mai 2008, par le biais de l’association militante Les Dessin’Acteurs, Emmanuel Lepage part en Ukraine, à la découverte de la zone interdite. Ils sont plusieurs artistes et vont séjourner durant deux semaines, dans une maison de Volodarka. Ils vont y rencontrer les familles vivant sur place, notamment « les liquidateurs », ces hommes qui au mépris de leur vie interviennent chaque jour sur la zone. Mais aussi, la bonhomie des habitants, la joie des enfants et l’ambiance des soirées arrosées de vodka. Armé d’un compteur Geiger, rythmant chaque escapade dans la zone interdite, l’auteur apprivoise les lieux. Face à ces paysages de printemps, il se sépare peu à peu du noir et blanc. La couleur devient une évidence. Il s’étonne de la beauté de cette terre désertée, du calme qui y règne, alors qu’il s’attendait à ne trouver que désolation, maisons abandonnées, maladie, contamination, …

Plus qu’un carnet de voyage, un Printemps à Tchernobyl est une BD documentaire d’une grande qualité. Emmanuel Lepage revient, chiffres à l’appui, sur l’horreur de cette catastrophe. Il invite le lecteur à s’interroger sur le nucléaire, sa nécessité et les conséquences du drame. Le dessin alterne entre des planches d’une extrême noirceur et des explosions de couleurs. Chaque page tournée invite à la contemplation. Cet album retrace le parcours de l’auteur : ses souvenirs de la catastrophe, ses préjugés, les raisons qui l’ont poussé à mener ce projet, ses doutes, ses angoisses mais aussi son émerveillement, ses découvertes, sa passion du dessin, … Un album à couper le souffle.

Sur le même sujet, je vous recommande vivement Retour à Tchernobyl le carnet de notes de Guillaume Herbaut et de Bruno Masi durant la réalisation de leur passionnant projet de webdocu La Zone.